Jean-Paul Perregaux, Peintre
Peintre ? Que voilà aujourd’hui un qualificatif difficile à porter, car enfin, la peinture, c’est quoi ? Cette jolie fille alanguie sur un lit rose, ouvrant de grands yeux innocents ? Ces formes qui n’en sont pas, étalées en diagonales rageuses sur une toile qui n’en peut, mais… ? Ou ce point minuscule au milieu d’une surface blanche, non peinte elle, mais qui prétend dire la peinture ? Et l’on pourrait continuer, dans toutes les directions possibles et inimaginables. Mais voilà qu’ici nous avons à faire à un peintre, un « oeuvrier » qui veut faire parler ses pinceaux, et qui nous rend un langage accessible, sinon par les formes habituelles, du moins par la sensibilité que ses toiles dégagent. Devant un Perregaux, l’œil est d’abord relativement neutre, pas accroché de prime abord, mais on reste un petit peu plus longtemps qu’il est convenu d’habitude dans ce genre d’exercice, et vient alors l’impression de voir dans la toile, de découvrir un fond qui n’est pas visible, mais de l’ordre du ressenti. Vous savez, comme à l’entrée d’une grotte sombre, quand d’abord c’est le noir, l’aveuglement, et que petit à petit l’œil se met à voir ce que d’habitude il ne voit pas… Non pas que cet organe subitement se soit doté de pouvoirs extraordinaires, mais tout simplement il a pris le temps de la révélation. J’ai ressenti chez Perregaux ce que je veux nommer « l’épaisseur » qui m’a fait plonger dans la toile, au-delà du regard de la surface, des taches évocatrices de paysages intérieurs, colorés, intérieurement lumineux, et aux limites de cette « épaisseur » j’ai trouvé le chant de MA terre. Car telle est la magie de la transmutation chez Perregaux, il me parle de mes émotions, de mes visions, comme s’il avait avec mes yeux peint ce que les siens ont perçu. Peut-être bien que peindre, c’est cela ?
Claude Ducommun, sept. 2004